En URSS, l’organisation du secteur spatial est bien moins centralisée. La conception et la production des prototypes des sondes, lanceurs et satellites est faite par des bureaux d’études qui sont appelés OKB. La production en série est ensuite réalisée par des usines qui entretiennent des liens privilégiés avec certains OKB. 

Officiellement, ils étaient regroupés sous l’autorité de la commission militaro-industrielle (VPK) puis du ministre des constructions mécaniques (MOM). Ce sont ces commissions qui devaient attribuer les missions et les budgets aux OKB mais en pratique des contacts bien placés dans l’appareil politique pouvaient influencer les choses.  Cette organisation fragmentée donnait un poids important aux dirigeants (appelés concepteur général) des OKB. Ils imposaient leurs vues sur les développements et leurs relations avec les dirigeants soviétiques permettaient d’obtenir ou non des financements. Certains patrons historiques marquaient tellement leur OKB que ces derniers prenaient souvent leur nom de façon officieuse puis parfois officiellement. 

A la fin de l’ère soviétique, ces bureaux d’étude ont souvent été regroupés avec leur usine. Ils sont devenus par la suite des entreprises privées à la chute du régime. Ce n’est qu’après la chute de l’URSS qu’est créée une agence spatiale sur les plans de la Nasa, Roscosmos.

OKB-1 Energia

Ce bureau d’étude a été marqué de façon indélébile par Serguei Korolev. Ce concepteur charismatique est la figure la plus marquante du programme spatial soviétique. Sous son impulsion l’OKB-1 commença par développer des missiles balistiques donc le célèbre R-7 semiorka. Sur la base de ce missile devenu lanceur, l’OKB 1 créa une famille de lanceurs qui perdure encore aujourd’hui les lanceurs Soyouz. Avec une telle capacité l’OKB1 créa les premiers satellites puis un grand nombre de sondes d’exploration (jusqu’en 1965). Ce bureau d’étude a été aussi cœur de l’exploration habitée avec des modules de stations spatiales et la totalité des vaisseaux habités soviétiques et russes.

L’OKB1 fait produire ses lanceurs dans l’usine d’aviation n°1 de Samara devenue TsDKB Progress. Ce bureau d’étude fut aussi chargé de développer le programme habité lunaire soviétique avec la fusée N1 qui accumula les problèmes. Korolev, n’eut pas le temps de constaté cet échec, car il décède début 1966 à cause de complications durant une opération médicale. C’est son éternel second, Vassili Michine qui reprend la direction du bureau d’étude. Mais il n’a pas le charisme et les appuis politiques de Korolev et ne parvient pas à sauver le programme lunaire.

En 1974, le bureau fut repris par un autre des grands ingénieurs soviétiques, Valentin Glousko.  Il fut le plus grand concepteur de moteurs soviétique à la tête de l’OKB 465 . Il s’opposa souvent à Korolev sur ces choix techniques et les types d’ergols utilisés.  Arrivé à l’OKB1, il annule le projet lunaire basé sur la N-1 et lance un nouveau projet de base lunaire permanente qui n’a pas le temps d’aboutir. En effet, face à l’arrivée de la navette spatiale américaine, le dirigeant soviétique demande un système similaire qui sera surnommé Bouran lancé par la fusée Energia. Le programme aboutit avec un vol automatique parfait du couple energie-bouran en 1988 mais fut annulé à cause de l’effondrement de l URSS.

L’OKB-1 survit au système soviétique et devient la société privée RKK energia qui produit les lanceurs et vaisseaux  Soyouz ainsi que les cargos progess et le module Zvezda de l’ISS.  Pour l’avenir, RKK energia travaille sur de futur module pour l’ISS, le vaisseau Federadsia et les lanceurs Soyouz-5 et Soyouz-7 toujours avec Tsdkb Progress.

Serguei Korolev, le patron du spatial russe (source)

OKB 301 Lavotchkine

L’OKB 301 est indissociable de Semion Lavotchkine qui développa la célèbre série d’avions de chasse LaGG-3/La5/La7 pendant la seconde guerre mondiale. Après la guerre, il conçut les derniers avions de chasse à hélices soviétiques et un chasseur à réaction, le La15. Même si un prototype basé sur le La15 est le premier avion soviétique à passer le mur du son, il ne parvient pas à développer un avion de série ayant cette capacité.  En parallèle l’OKB 301 travaille sur plusieurs missiles sol-air qui devenait une véritable menace pour les avions américains pendant la guerre du Vietnam.

C’est au cours d’un essai de missile que Semion Lavotchkine décède d’une crise cardiaque en 1960. L’OKB 301 devient l’OKB Lavotchkine et continue ses travaux sur les missiles, mais passe sous l’autorité de l’OKB-52 de Tchelomei en 1962. La situation change fin 1965, lorsque l’OKB1 surchargé décide de se débarrasser du programme d’exploration robotique qui cumule les échecs.

C’est l’OKB Lavotchkine redevenu indépendant et dénué d’expérience spatiale, qui récupère la responsabilité des programmes d’exploration lunaire, vénusienne et martienne. Le nouveau chef, Gueorgui Bababine, est un ingénieur en télécommunication qui travaille très tôt sur les systèmes de poursuite radar. Il a intégré l’OKB 301 dans le cadre de programmes de missile et a travaillé avec Lavotchkine jusqu’à la mort de ce dernier. L’OKB Lavotchkine parvient à de nombreuses premières historiques en reprenant la conception des sondes, en les testant de façon plus approfondie et en utilisant le nouveau lanceur Proton.

Parmi ces exploits on peut citer la première sonde à atteindre une autre planète (Venera 3), premier atterrissage en douceur sur la Lune (Luna 9) Vénus (Venera 7) et Mars (Mars 3), premier rover autonome sur un autre astre (Lunakod 1) et premier retour automatique d’échantillons depuis un autre astre (Luna 16). Babakine ne verra pas l’atterrissage réussi (suivi de près d’une perte de communication) de Mars 3 car il meurt d’une crise cardiaque en août 1971. En seulement 6ans dans le secteur spatial, il a écrit parmi les belles pages de l’exploration planétaire soviétique et mondiale.

L’OKB Lavotckine poursuit le travail mais avec des budgets toujours plus réduits. Le programme Mars prend fin en 1973 et Luna en 1975. Seule l’exploration de Venus se produit jusqu’en 1983 au sein du programme Venera. L’exploration se prolonge jusqu’en 1984 avec les missions Vega qui étudient Venus avant d’aller survoler la comète de Halley. En 1988, la sonde Phobos 2 observe longuement Mars mais perd le contact à l’approche de son objectif final, la lune de Mars Phobos.

Après la chute de l’URSS, deux autres missions martiennes sont tentées (Mars 98 en 1998 et Phobos-grunt en 2011) qui sont toutes les deux perdues à la suite d’une défaillance du lanceur. L’OKB Lavotchkine devenue la société privée NPO Lavotchkine survit en commercialisant l’étage Fregat, dérivé du bloc de propulsion des sondes Phobos et de divers programmes de satellites.  

Timbre de Gueorgui BABAKINE devant une sonde Lunakoide (source)